samedi 11 novembre 2017

L'homme qui bâtit des rêves

Il faut donner le temps au temps. C’est un grand maître qui révèle tout. Le temps balaye les imposteurs et confirme les gens authentiques. Le temps développe la persévérance, celle qui nous fait oublier pourquoi un défi serait démesuré par une multitude d’embuches qui nous empêcherait de réaliser notre rêve. Le temps nous enseigne aussi que les obstacles sont des choses que l’on perçoit quand on perd de vue l’objectif. Le temps fait son œuvre et l’expérience recueillie nous révèle que les seules limites à nos réalisations sont celles que nous nous imposons.
  
Il y a un an presque jour pour jour, nous entamions la dernière phase d’une planification qui était tellement importante pour nous, que nous ne voulions pas la confier à quelqu’un qui ne réaliserait pas l’investissement affectif que nous y avions mis au cours des trois dernières années. Nous étions à la recherche d’un entrepreneur honnête, ouvert à nos idées sur la construction écologique, attentif aux exigences sévères de la certification LEED v4 Niveau platine que nous convoitions et il fallait qu’il soit patient. Je dis patient parce que nous sommes la deuxième construction domiciliaire de ce genre au Canada et au Québec. Nous n’étions pas une corporation qui se lançait dans un projet vert, mais bel et bien Môman et Pôpa qui osaient rêver en grand avec un projet de retraite bien mijoté, muri par des formations professionnelles, des heures innombrables à dessiner des plans par mon conjoint, des recherches qui ne semblaient jamais finir et une courbe d’apprentissage tellement aiguë qu’une fois le point de bascule rejoint, nous étions soulagés par le nouvel élan vers la prochaine étape. Il nous fallait un entrepreneur avec une capacité d’écoute phénoménale, car autant nous utilisions des notes de construction volumineuses pour étaler nos exigences, autant que nous soulevions des questions au fur et à mesure de nos constats journaliers. Nous avions une bonne équipe de conception avec l’architecte Anabelle Arsenault de Tergos, des ingénieurs-conseils en la matière avec Benjamin Zizi et Denis Boyer, un mentorat exceptionnel avec Emmanuel Cosgrove d’Écohabitation. Néanmoins, nous nous aventurions dans un territoire nouveau, la construction d’une maison unique en son genre et du jamais vu dans Charlevoix. Il fallait donc trouver un entrepreneur aussi chevronné que nos rêves. Les planètes se sont alignées et le cosmos a répondu à notre demande. Ce billet veut rendre hommage à Normand Duchesne, entrepreneur et propriétaire de Niveautech, situé à Saint-Irénée. C’est un nom que nous avons entendu maintes fois avant de rencontrer l’homme dont la réputation était plus qu’élogieuse.  C’est toute une communauté qui l'appuie.
Un jour que nous étions à la Caisse populaire de Saint-Irénée, j’ai fait le commentaire que leurs portes étaient très belles. La caissière sans broncher répondit : c’est Normand. C'est une expression que nous avons entendu souvent. De plus en plus dans nos échanges dans Charlevoix, lorsque nous demandions qui avait fait l’ouvrage dont la qualité nous impressionnait, le même nom ne faisait que résonner. Le tout a été scellé quand nous faisions une promenade sur notre chemin au Ruisseau-Jureux et regardions les maisons voisines. Nous faisions connaissance avec nos voisins et par la force des choses, on jasait de construction. Inévitablement, on leur demandait l’entrepreneur de leur maison fait sur mesure et c’était encore Normand Duchesne avec sa compagnie Niveautech.
Ses références étaient impeccables. On ne pouvait pas demander mieux. Donc, armés avec le courage de deux novices qui se croyaient chevronnés, nous avons rencontré Norman pour lui parler de notre projet. Nous avions le terrain, mais notre maison dans l’Outaouais n’était pas encore vendue. Pendant les 22 mois qu’il a fallu pour vendre la maison, Normand a écouté notre discours sur la construction écologique, il a visité le terrain à maintes reprises et il nous a impressionnés par sa patience interminable. Pendant ce temps, il nous donnait toujours l’heure juste sans rien exiger. Il était évident pour nous que Normand respectait ses clients et qu’il serait en mesure de nous aider à réaliser notre rêve. Nous savions que cette association nous apporterait une relation professionnelle et personnelle enrichissante. Finalement le grand jour arriva et nous signions notre entente hybride d’autoconstruction. Pierre serait le gestionnaire du projet LEEDv4, je ferais l’administration financière et Normand bâtirait la maison en vue d’obtenir la certification LEEDv4.

Nos travaux débutèrent à l’automne 2016 après avoir emménagé dans une maison de location aux Éboulements. Lorsque les travaux d’envergures ont commencé, nous avions l’impression que le temps s’évaporait aussi rapidement que les brumes automnales. L’équipe de Normand avec le concours des sous-traitants spécialisés s’acharnait pour compléter la première phase de la construction avant les balbutiements de l’hiver. Une fois les murs et la toiture de la maison érigés, les hommes pourraient travailler à l’intérieur, du moins, c’est ce que je pensais. Autant que le mois d’octobre nous eût cajolés avec ses températures favorables, novembre nous coupa le souffle avec ses vents venant du large mettant en péril les murs préfabriqués en usine. La journée la plus dramatique fut lorsque le grutier balançait les murs au bout de son câble que le vent basculait allègrement. Normand et son équipe solidifiaient les murs et la charpente du toit une fois installé sur la fondation.

C’est en décembre avec son froid sibérien que Normand et ses hommes posèrent la toiture en acier.
Normand (casque blanc) explique la stratégie avec son équipe
Quand vint le temps de l’installation des fenêtres, nos ouvriers firent équipe avec les Suisses qui venaient livrer nos fenêtres importées d’Autriche. Pendant une semaine, ils ont tous travaillé ensemble, fusionnant deux cultures de construction bien différentes pour atteindre le but. Le froid imperturbable avait anéanti la technologie. Nous avions près de 8700 livres de fenêtres à soulever et le froid empêchait la robotique de fonctionner pour soulever les fenêtres. Les hommes se sont donc mis à le faire manuellement. La plus lourde, une de nos lucarnes dans la cuisine, pesait 800 livres et fut montée à la main, jusqu’au haut de l’échafaud. Je ne pouvais pas croire qu’on pouvait travailler dans des conditions climatiques aussi exigeantes. Le mercure plongeait à des -34 et les hommes persévéraient, penchés sur le travail à faire. C’est le froid qui dictait l’échéancier et les vacances de Noel approchaient. 

Pierre avec son fidèle tracteur John Deere surnommé Papoute
Quand vint la neige, le défi venait de monter un cran. Tôt le matin, nous nous levions à 4 h 30 pour préparer notre journée pour nous assurer que le matériel serait disponible pour les travailleurs et pour préparer le site extérieur. Pierre démarrait Papoute, notre fidèle tracteur John Deere et déblayait le chemin et les aires de stationnement et de travail. Il fallait accommoder les travailleurs avec leurs véhicules et les camions de livraison. Je pelletais la neige autour des échafauds et le périmètre de la maison. Ensuite, je retournais aux Éboulements pour préparer quelque chose de chaud dans la mijoteuse pour les hommes le midi. C’était la moindre des choses. Nous tenions à exprimer notre reconnaissance, car souvent les ouvriers lâchaient leurs outils pour venir nous aider à déblayer. C’était un vrai travail d’équipe. Normand était toujours au-devant de toutes les démarches et agissait comme liaison entre les ouvriers et les fournisseurs. Ces conseils ponctuels ont facilité la tâche de Pierre qui devait s’assurer que l’approvisionnement et les échéanciers fonctionnent. Lorsque j’avais des questions ou des inquiétudes, Normand avait toujours la réponse qui me rassurait et il s’exécutait rapidement. C’est un homme qui réfléchit avec un focus rapide et qui est en mesure de puiser sur son expérience pour trouver des solutions réalistes. Il maintient un esprit ouvert et s’adapte rapidement aux changements, surtout lorsqu’il intègre un nouveau matériel de construction. Son ouverture d’esprit inspirait son équipe et nous rassurait. En tout temps, nous savions que nous pouvions compter sur lui et qu’il ne nous laisserait pas tomber.
Normand à l'œuvre l'autre côté de la fenêtre dans le froid sibérien

Normand est un homme attentif et très généreux. Un jour d’hiver particulièrement froid, je me souviens en entrant au village d’avoir vu Normand en train d’ériger une aire de pratique de hockey pour son fils Rémi. Ça ne faisait que valider ce que nous savions déjà de Normand, c'est un homme au grand cœur qui n’hésite pas de faire la bonne chose malgré les défis inhérents à la tâche.

Normand discute la finition sur mesure pour l'intérieur.
Les semaines qui allaient venir annonçaient de nouvelles étapes pointilleuses pour respecter les normes de LEED. Pendant que Pierre faisait ses recherches, courrait pour des fournisseurs et répondait aux questions des sous-traitants, Normand agissait comme une liaison efficace en redirigeant parfois nos requêtes, utilisant son réseau de professionnels et surtout, en validant nos démarches au niveau de la construction. Nous avions le nez collé à la ligne de temps du projet pour préparer la maison pour les séries d’inspections environnementales, écologiques et les tests des ingénieurs. Nos victoires étaient leurs victoires, nos défis étaient leurs défis. La synergie existait, car c’était un bon chantier. Nous avons reçu des visiteurs entre autres, de présidents et vice-présidents des compagnies de nos fournisseurs qui voulaient voir l’application en temps réel de leurs produits. Nous les rencontrions pour parler de notre expérience. Normand contribuait aux échanges avec des renseignements sur l’application et l’exécution des travaux. Lors des tests des ingénieurs, il était disponible pour répondre à leurs questions et surtout préparer la maison pour l’inspection.

Au fur et à mesure que les travaux avançaient, la technologie spécifique pour la performance écologique et écoénergétique, les matériaux, les méthodes de travail et les consultations avec de tierces parties devenaient de plus en plus exigeants. Pour obtenir la certification LEEDv4 Niveau Platine, tout est obligatoire. Il n’y a pas de compromis. Lorsque les sous-traitants arrivaient, Pierre les mettait à la page pour s’assurer que les normes étaient respectées et que les notes de construction étaient respectées. Pour plusieurs sous-traitants, c’était la première expérience avec LEED. Ce qui a rendu la tâche plus facile est que Norman nous avait recommandé de bons fournisseurs et installateurs locaux. Cette formule gagnante a favorisé des résultats atteignant notre cible. Une belle alliance s’est développée entre nous et tous les travaillants, nous étions plus qu’une équipe, nous devenions des amis.


L'Heure Bleue, notre maison écologique à Saint-Irénée
Le printemps charlevoisien est tardif, toutefois il apporte ses faveurs tant attendues. Les travaux de finition étaient terminés avec le revêtement et les fenêtres. Les journées allongeaient, et encore une fois le temps apportait avec lui le retour des oiseaux, le verdissement des prés, les premières fleurs du printemps et la réalisation que nous avions une vraie maison, pas une structure en voie de construction, mais que la maison était réelle. Le chantier devenait de plus en plus silencieux et finalement, les derniers échafauds partirent avec tous les camions. Le soleil entrait par la fenestration généreuse et effleurait nos planchers de noyer blanc. Je marchais dans les pièces et je pouvais imaginer facilement notre vie ici. Souvent, Pierre et moi arrêtions nos travaux de vernissage pour saisir le moment présent, cette petite voix intérieure qui nous dit que nous avons non seulement fait la bonne chose, mais aussi que nous avons relevé un défi de taille et que nous l’avons bien fait. 

Nos terrasses avec vue sur fleuve et accès au bord de l'eau.
Tous les matins, nous nous faisons un devoir d’exprimer notre reconnaissance en regardant les premières lueurs du jour, l’heure bleue où la nuit cède un horizon de feu pour annoncer un nouveau jour. C’est la première heure du jour où les oiseaux commencent à chanter, où les fleurs et les fruits sont à leur meilleur parfum. C’est le moment présent où Pierre et moi partageons un sentiment de quiétude, une vie de couple pleine de découvertes à venir avec une sérénité bien enracinée dans une nature à couper le souffle. C’est pour ces raisons que nous avons nommé notre maison L’Heure bleue en gage de notre reconnaissance de saisir tous les jours qui nous sont donnés.

On ne peut que sourire, rire même quand on pense aux étapes que nous avons franchies. Notre famille et nos amis réalisent l’ampleur de notre projet et nous ont demandé si nous le recommencions. Sans hésitation, nous répondons que nous le referions demain matin. C’est une réponse qui vient de l’expérience vécue et elle vient aussi du cœur. Nous le referions avec Normand Duchesne sans hésitation. L’autoconstruction n’est pas pour tout le monde. Construire une maison clé en main est plus simple, mais nous voulions un projet de retraite. C’est notre dernière maison et nous voulions investir toute notre énergie pour l’atteindre parce que c’est important. Au bout de notre trajectoire, nous réalisons la différence entre construire et bâtir. C’était plus qu’un projet de construction. Nous avons bâti notre chez-nous pour vivre les belles années qui nous attendent avec nos enfants et petits-enfants. C’est une de nos plus belles réalisations.

Si jamais vous êtes dans notre bout de Charlevoix, et vous voulez voir ce qu’un couple à la retraite peut faire quand ils sont motivés et têtus, venez nous voir. Si vous voulez voir ce qu’un homme peut faire lorsqu’il a une vision et de la persévérance, regardez dans Charlevoix ce que Normand Duchesne a bâti avec Niveautech. Si le temps apporte la réalisation de la mesure d’un rêve, nous pouvons vous partager notre histoire. Si le temps apporte la réalisation de la mesure d’un entrepreneur, c’est l’histoire de Normand Duchesne, un bâtisseur de rêves qui deviennent des communautés.