lundi 31 octobre 2016

Un rêve trouve sa fondation



Hélène et Jocelyn Harvey
Dès la première rencontre avec Jocelyn Harvey, entrepreneur de La Malbaie, on se rend rapidement à l’évidence que l’on parle avec un homme d’affaires chevronné. L’évolution de son entreprise est une histoire de succès qui continue à élargir son champ d’expertise en génie civil et génie municipal, les fondations et le déneigement. Lorsque Jocelyn Harvey parle d’affaires, il mentionne souvent les noms de son épouse Hélène et son fils Carl en soulignant leurs rôles dans le succès de l’entreprise. Hélène est futée en administration. Son sourire et son calme rassurant nous accueillent avec un professionnalisme qui va de pair avec ses responsabilités. Leur fils Carl, aussi à l’aise en administration que sur le terrain, offre un service personnalisé sur mesure. Ce jeune entrepreneur nous a accueillis sur le terrain en disant que l’ouvrage qu’il ferait serait comme s’il le faisait pour lui-même. Il a tenu sa parole. En effet, sa dextérité technique avec la pelle mécanique le démarque dans l’industrie. Il est évident que la relève pour l’entreprise de Jocelyn Harvey est entre bonnes-mains.

Gaétan Dupont, Carl Harvey, Robert Rochefort, Stéphane Lavoie
La première impression est toujours la meilleure. Nous ne nous sommes pas trompés quand nous avons rencontré Gaétan Dupont, estimateur et chargé de projet, qui a conçu notre projet pour la fondation.  Ce n’est pas évident pour nous de visualiser les travaux pour estimer leur portée. Gaétan a pris le temps de nous expliquer tout le processus à l’aide d’un logiciel utilisant la topographie de notre terrain soumis par notre arpenteur géomètre. Une fois les caractéristiques de la fondation soumises par l’architecte selon les exigences LEED v4, Gaétan fut en mesure d’illustrer le résultat final en 3 dimensions. On ne pouvait pas demander mieux. De plus, ses visites au site pour superviser et évaluer les travaux étaient de premier ordre. Gaétan est doué d’un focus inouï pour tous les détails du processus d’estimation en construction. C’est aussi un homme axé sur les solutions et le service. Aucune personne ne doute que Gaétan soit aussi un des piliers de l’entreprise de Jocelyn Harvey.
Jean-Luc Néron

Sur le chantier, le spécialiste en fondation, le charpentier-menuisier, Robert Rochefort est l’homme qui réalise au huitième de pouce les travaux. Il calcule tout avec une précision étonnante, calculatrice, appareil de mesure et plans à la main. C’est un perfectionniste dans son métier et son art. Stéphane Lavoie, spécialiste en aqueduc, fosses septiques et champs d'épuration, ainsi que Jean-Luc Néron, manœuvre spécialisé et opérateur de machinerie, installent le matériel pour réaliser les travaux. Tous les jours, nous regardons le progrès et nous sommes impressionnés. Malgré l'intégration de la technologie de fine pointe, construire une maison prend encore de la force physique et de la résilience face aux conditions climatiques. L'équipe reviendra au printemps pour finaliser l'aménagement du terrain et faire les formes de béton pour les terrasses. 
Le cortège interminable de camions a lentement changé le paysage. Nous pouvions enfin voir l’empreinte de la maison. La composition de la semelle est une science exacte.  La fondation a été un sujet pointu dans nos discussions avec l’architecte, les ingénieurs et le chargé de projet. Il fallait s’assurer que sa structure soit au-delà des exigences et même sur le terrain, nous avons modifié sa composition. LEED v4 demandait du béton recyclé dans la formule. Pas évident. Le problème avec le béton recyclé est sa provenance et sa composition. Le fournisseur ne pouvait pas garantir l’absence de pyrite puisque la composition du béton recyclé était difficile à préciser à cause de la provenance. Nous avons donc opté pour du béton non recyclé. Les plans de la
semelle avaient été faits pour 4 pieds de gel sous le sol. Dans Charlevoix, le gel peut aller jusqu’à 7 pieds, donc nous l’avons modifié. Le béton est recouvert de Blue Skin, une membrane d’étanchéité autoadhésive faite d’un composé d’asphalte SBS caoutchouté laminé sur une pellicule de polyéthylène bleue. Elle est imperméable à l'air, à la vapeur et à l’eau. Ensuite, il y a deux épaisseurs de Roxul pour faire 5 pouces, de cet isolant résistant au feu et à l’eau. C’est une solution sans compromis pour des économies d'énergie en matière d'isolation fabriquée à partir de roche et de scories recyclées, un sous-produit de l’acier normalement envoyé à l’enfouissement. Donc non seulement est-ce un produit qui favorise l’économie énergétique, mais il est aussi écologique.

Béton recouvert de Blue Skin
Le sol est composé de terre noire et de roche. Puisque la maison a un rez-de-jardin, l’excavation a été réalisée pour remonter la maison sur le roc et la terre noire avec un remblai de sable. À cause de l’activité séismique importante de la région qui enregistre environ 200 secousses annuellement, la fondation a été renforcie avec une armature d’acier. La fosse septique et le champ d’épuration ont également été installés lors de cette phase de construction. Nous en parlerons dans notre prochain billet.
Roxul sur le Blue Skin
C’est en travaillant avec une entreprise familiale qui offre un service de première qualité qu’il est facile de les recommander non seulement pour la qualité de leur service, mais aussi pour la valeur de leur équipe.  Chez Jocelyn Harvey Entrepreneur, nous avons pu atteindre nos objectifs, non seulement dans les travaux, mais aussi du fait qu’ils ont respecté à la lettre les consignes de la gestion du chantier de construction selon les critères LEED v4. La grandeur d’un métier n’est pas seulement dans l’exécution, mais aussi dans la qualité de la relation client-entrepreneur. Ce n’est pas un hasard que travailler ensemble est non seulement un progrès, mais un succès. À l’origine, ce blogue se voulait le récit informatif de la construction de notre maison écologique en voie de certification LEED.  Au long du parcours, nous avons eu l’ultime chance de rencontrer des individus qui nous ont offert d’excellents services et forgé avec nous une relation de confiance au-delà des affaires. Voilà une des plus grandes forces d’encourager l’économie locale. Ça devient une affaire de famille et de communauté.

jeudi 11 août 2016

Quand la sérendipité devient la norme



Un de mes auteurs préférés, Roch Carrier a déjà dit qu’un homme qui bâtit sa propre maison renait une deuxième fois. On y met de nous-mêmes pour l’amour de notre couple, de notre famille et pour notre communauté. Construire est technique, linéaire, même cartésien. En d’autres mots, si bâtir veut dire léguer un patrimoine intemporel, construire c’est créer tout ce qui se mesure concrètement. C’est une empreinte tangible qui a un impact sur nous et l’environnement. La prime est haute. Ce que l’on fait doit être durable pour ne pas abuser de nos ressources naturelles. Choisir l’écoconstruction, c’est un gage de respect à chaque étape de la construction. L’idée n’est pas neuve. Nos ancêtres le pratiquaient, mais en cour de route comme bien d’autres pratiques vénérables, nous avons oublié d’utiliser des ressources locales peu transformées.
Il n’est pas nécessaire de débattre le point. Une maison écologique et écoénergétique consomme moins d’énergie, d’eau et de ressources naturelles. Elle produit moins de déchets, est plus saine et confortable pour ceux qui l’habitent en plus de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le coût se compare à celui d’une maison conventionnelle. Les agences d’immobilier indiquent que l’augmentation de la valeur des habitations certifiées est alimentée par un intérêt soutenu pour les habitations écologiques certifiées. C'est donc un bon investissement à tout point de vue.

Nous avons choisi la certification internationale LEED v4 (Leadership in Energy & Environmental  Design) pour notre résidence bioclimatique. En suivant leur système de pointage, nous pouvons réaliser une économie d’énergie importante pouvant aller jusqu’à 70 %. L’utilisation de l’eau potable, une ressource naturelle précieuse, est deux fois moins élevée. De matériaux sains, une ventilation performante et le contrôle du radon diminuent de façon marquée les substances nocives où le niveau des polluants à l’intérieur de la maison peut être jusqu’à 5 fois plus élevé que l’extérieur. Un exemple est le plancher flottant, certaines mélamines et la peinture qui relâchent des émanations toxiques pour presque sept ans. Ensuite, on les remplace et le cycle recommence. On surveille tout pour la santé de notre famille, et pourtant, on s’empoisonne tranquillement avec les émanations toxiques produites par le matériel que nous utilisons dans nos maisons. Une maison écologique fait le contraire, car elle prend soin de nous.

L’écoconstruction a ses avantages financiers sans être plus onéreuse comme plusieurs la croient. Il y a des crédits de taxes dans certaines municipalités, des rabais d’assurances, des avantages sur les hypothèques et surtout une valeur de revente accrue. Donc, construire de façon soutenable en vaut la mèche sur divers plans. Je dois avouer cependant que l’exercice peut devenir ardu, car certains secteurs du domaine de la construction ne s’opposent pas ouvertement au processus, mais dans certains cas, c’est une culture fermée qui n’est pas prête à innover de peur que la rentabilité diminue. Pour le consommateur averti, il faut se préparer en faisant des recherches, en consultant des experts-conseils et en posant les bonnes questions au point où s’en devienne une obsession. On ne peut pas être à demi écolo. C’est tout ou rien. Une fois le point de bascule atteint, on plonge dans l’infini vert et ça, c’est tout un apprentissage en soi-même. Les choix que nous avons faits pour notre maison, en plus d’être verts, reflètent les Baby Boomers, notre démographie qui veut vivre de façon
autonome dans une retraite active. Nous avons rencontré plusieurs acteurs dans le domaine de la construction durable, certains plus militants que d’autres et nous avons toujours apporté notre point de vue à la table. Nous voulons un design universel qui facilite l’accessibilité multigénérationnelle. Ils nous ont écoutés. De ce fait, nous avons attiré l’attention du Conseil de bâtiment durable canadien qui nous affiche sur leur leaderboard sur leur site internet. Même la communauté où nous emménageons nous a mis sur son site avec un lien sur notre blogue. Toute cette visibilité nous donne de la crédibilité. Nos recherches personnelles ont apporté des résultats qui intéressent l’industrie. C’est pour cette raison que plusieurs de nos fournisseurs sont nos partenaires. Vous verrez leurs sigles commerciaux en marge de ce billet. Nous vous invitons à les consulter pour leur leadership, professionnalisme, la qualité de produits et services en écoconstruction.

Pour faciliter notre tâche, les programmes de certifications internationales offrent un encadrement rigide pour atteindre des objectifs mesurables et soutenables. Ce n’est pas de la philosophie ou du greenwashing. C’est la réalité qui se mesure avec des outils conviviaux en ligne comme les tableurs de pointage. Dès l’amont du projet de construction, il faut une équipe sans avoir à débattre les mérites de la construction soutenable. Dans notre cas, nous avons choisi la firme d’architectes TERGOS, de Québec, des experts en écoconstruction. Ils ont raflé plusieurs prix au niveau platine pour LEED. Ensemble, nous avons valorisé les ressources naturelles permettant de se rapprocher du site naturel de notre emplacement sur le bord du fleuve en prônant l’énergie passive et l’emploi de matériaux à faible énergie grise, c.-à-d. l’énergie nécessaire pour la transformation de la matière. La gestion écologique du chantier de construction est aussi une rigueur avec des pratiques concrètes et quantifiables.

En choisissant LEED version 4, nous sommes la 2e maison au Canada et au Québec inscrite pour obtenir cette accréditation internationale. La 1re est à Edelweiss et a été réalisée par Écohabitation, nos mentors. Ils ont atteint le niveau convoité de Platine. Le cheminement pour la certification est échelonné selon les domaines spécialisés de planification et de conception de projet intégrées nommément, l’emplacement et le transport, l’aménagement écologique des sites, la gestion efficace de l’eau, l’énergie et l’atmosphère, matériaux et ressources, qualité des environnements intérieurs, innovation et priorité régionale. Chaque section est pondérée selon un système de pointage cumulatif pour atteindre un point de référence international dans le design et la construction à haute performance. C’est aussi une initiative pour transformer l’industrie de construction. Donc, quand un couple à la retraite comme nous se présente dans cette arène, la donne change avec tous ses défis comme notre courbe d’apprentissage, convertir les non-croyants et faire confiance à des systèmes passifs quand toute notre vie nous nous sommes fiers sur des systèmes énergivores.
Au risque de sombrer dans une course aux points pour faire partie de l’élite platine, il faut avouer que face à la pondération des points pour chaque décision, on devient conditionné à penser comme le tableur de pointage LEEDv4. Il y a deux côtés à cette médaille. Le pointage nous force à suivre une stratégie de construction durable rigide dans sa structure. D’un autre côté, c’est ce qui nous est arrivé, la brique avec tous les règlements de LEEDv4 devient votre lecture de chevet pendant plus de 2 ans pour se transformer en une douce obsession. On dit que l’ambition est un sentiment extrêmement noble. Ce qui la pervertit, c’est l’obsession, qui est dans ce cas, la course au point.

Si on renait quand on bâtit sa maison, entreprendre une construction écoresponsable est une pure
sérendipité. On cherche quelque chose et on trouve autre chose pour se rendre compte que ce que nous avons trouvé est plus adapté à nos besoins que ce que nous pensions rechercher. C’est ce qui explique le mieux l’écoconstruction, sortir des sentiers battus pour se réinventer une nouvelle zone de confort. C’est la nouvelle norme. On lui souhaite un futur sain et très vert.

 

 

samedi 23 avril 2016

L'architecture charlevoisienne


La simplicité bucolique de l'architecture rurale dans Charlevoix
Chaque maison a son histoire. C’est ainsi pour le patrimoine architectural qui devient en sorte le messager culturel d’une époque sacrée. L’architecture conserve la mémoire de nos origines. Elle nous guide dans sa signification parce que nous construisons à notre image. Ce n’est pas de la simple nostalgie. C’est une belle complicité.

Clarence A. Gagnon
L’architecture charlevoisienne ne fait pas exception. Sa signature distincte communique une émotion bucolique qui vient nous interpeller depuis plus d’un siècle et demi. La terre de Menaud maître draveur conjure en nous une fierté profonde. D’anciens clichés photographiques démontrent la villégiature élégante des grandes villas sur mer qui ont accueilli plus d’un pinceau ou d’une plume pour les décrire. Aujourd'hui, je les contemple comme Laure Conan ou Gabrielle Roy a dû les regarder. Comme Clarence A. Gagnon et toute une pléiade d’artistes. La simplicité généreuse de l’architecture rend Charlevoix mythique. Ce que j’aime le plus est l’architecture rurale traditionnelle avec ses toits mansardés, ses granges à encorbellement, ses couleurs et ses textures. Ce qui m’émeut le plus est que j’ai le privilège de vivre parmi eux.


Le cachet spécial de l'architecture patrimoniale urbaine
 Après deux ans de planification, mon conjoint Pierre, avec toute la patience d’un bénédictin, vient de mettre la touche finale sur nos plans pour construire notre résidence de style maison de campagne moderne. On peut voir aussi cette architecture résidentielle dans les pays scandinaves. Ses lignes épurées, sa simplicité modeste, la texture des matériaux nobles qui la composent la rendent intemporelle. Nous l’avons choisi pour qu’elle soit bien ancrée dans le paysage de Saint-Irénée selon les normes qu’exige le privilège de vivre dans une région de villégiature hautement prisée.

Une architecture rurale au-delà de la nostalgie.
Quand vient le temps de gérer l’impact d’une nouvelle construction, le tout est scruté non seulement sur le plan environnemental, mais aussi sur le plan architectural. Le plan d’implantation et d’intégration architecturale de la MRC de Charlevoix Est exige des propriétaires demandant un permis de construction de fournir une description technique des revêtements extérieurs, des recouvrements de toitures, des couleurs et des matériaux. Une continuité architecturale doit être assurée tout en se conformant aux exigences actuelles des nouveaux codes de bâtiment. C’est un dialogue créatif qui assure les projets de construction bien muris. 

Le premier coup de pelle aura lieu bientôt et nous l’attendons avec impatience. Nous ne sommes pas les seuls. Plusieurs observateurs soit du domaine professionnel, industriel ou commercial sont intéressés par les protocoles environnementaux et énergétiques que nous avons intégrés dans sa construction. L’Heure Bleue est reconnue par le Conseil du bâtiment durable du Canada comme leader dans la construction écologique et écoénergétique et elle est la deuxième résidence au Canada et au Québec inscrite pour la certification LEED v4, une certification internationale. Nous partagerons avec vous via ce blogue notre expérience avec nos partenaires que ce soit au niveau de la conception, de la construction, de produit ou du service. Vous pourrez consulter également le site du CBDC sous la rubrique Leaders du LEED v4. Vous nous trouverez sous la rubrique Habitations et collectifs d’habitations de faible hauteur. Tel que mentionné par le CBDC : Le Canada est un chef de file mondial du bâtiment durable et on y compte le plus grand nombre de projets certifiés LEED à l’extérieur des États-Unis. Cette réussite repose sur des professionnels canadiens innovateurs qui cherchent toujours à atteindre les niveaux de durabilité les plus élevés dans la conception, la construction et l’exploitation des bâtiments. Le CBDC mentionne L’Heure Bleue parmi les leaders du Canada en matière de bâtiments durables.
Il y a une différence entre construire et bâtir. Construire une maison est un défi de taille lorsqu’on vise une certification écologique internationale. Bâtir une maison c’est autre chose parce qu’on veut qu’elle nous ressemble. L’Heure Bleue de Charlevoix prendra sa place parmi les autres domaines du Ruisseau-Jureux et comme un bon vin que l’on décante avec anticipation, notre petite maison de ferme sera à la hauteur, non seulement sur le plan environnemental et énergétique, mais pour sa contribution au patrimoine rural charlevoisien.

L'Heure Bleue de Charlevoix


Un patrimoine naturel à conserver
Tout commence par un rêve. D'ici quelques semaines, notre rêve deviendra réalité. Nous l'accueillons avec une profonde reconnaissance et une touche de fébrilité .La tranquilité pastorale, qui longe le fleuve sur le chemin du Ruisseau-Jureux dans Saint-Irénée, sera troublée par le vrombissement d'équipement lourd. Après deux ans de planification pour réaliser une résidence écologique et écoénergétique en quête d'une certification d'excellence internationale, nous connaitrons le résultat concret de toutes les rêveries vécues lors des soirées d'hiver, des calculs recommencés pour simuler des modèles de consommation énergétique et des consultations auprès des experts conseils. Au delà de cette planification, c'est en contemplant toute cette mouvance bleue entre ciel et mer et des prés bordés de montagnes, qu'un sentiment d'appartenance nous interpelle à les protéger. Il n'y a pas seulement le patrimoine naturel, mais aussi celui qui raconte notre histoire. C'est avec cette conscience que nous avons mis sur papier une résidence à la hauteur de toutes ces attentes.
 

L'entrée principale de notre terrain
Les Domaines du Ruisseau-Jureux partagent une vision collective où l’architecture perpétue la beauté de la région. Construire sa résidence ici c’est faire partie d'une belle toile collective. Les servitudes, provenant à la fois de la municipalité et du promoteur, servent de normes architecturales. Sur papier, on pourrait croire que toutes les maisons se ressemblent pour être conformes aux servitudes. Détrompez-vous.Tout comme l’artiste qui donne un coup de pinceau sur sa toile porteuse de beauté et de symbolisme, les propriétaires de ces résidences y mettent leur touche personnelle allant du traditionnel au plus moderne. 


Dernier regard avant le commencement de la construction.
Plusieurs baladeurs du dimanche viennent chez nous, au Ruisseau-Jureux , pour voir le fleuve et les domaines blottis entre les pommiers rustiques, les rosiers, les lupins sauvages et les lilas le long des clôtures en perche. Les fleurs sauvages qui apparaissent à divers temps au cours de la saison champêtre ajoutent une mouvance multicolore au gré des bises venant du fleuve. Souvent l’on aperçoit une voiture s’attarder pour lire les affiches arborant le nom des résidences qui se lisent comme un long poème d’une maison à l’autre pour évoquer le thème bucolique d'un air pastoral.


L'heure bleue :
Notre maison s’appelle L’Heure Bleue.C’est un brin de philosophie personnelle, une petite sagesse tranquille qui nous fait sourire. L’heure bleue est le moment le plus prisé par les photographes. Il se manifeste deux fois par jour, au moment précis lorsque la noirceur de la nuit touche les premières lueurs du jour, et le soir, lorsque les derniers soupirs de la journée annoncent la nuit étoilée. On dit que l’heure bleue du matin est le premier moment du jour où les oiseaux commencent à chanter, que les arbres s’étirent, que le parfum des fleurs et des fruits est à son meilleur. L’heure bleue du soir exprime la reconnaissance d’avoir vécu une journée remplie de ce qui nous passionne.

C’est ce que nous voulons pour cette maison, notre dernière comme Pierre et moi répétons souvent lorsqu’on nous demande de la décrire. L’Heure Bleue c'est notre projet de vie d'une retraite active vécue à deux avec notre famille et nos amis. Comme la bise qui émane du fleuve pour bercer les fleurs sauvages autour de notre maison, nous serons transportés tous les jours vers une gratitude profonde et une quiétude bien méritée.
Les fleurs sauvages nous accueillent tous les matins




jeudi 31 mars 2016

Saint-Irénée: entre séduction et imagination


Au bord du fleuve chez nous.
Saint-Irénée. Il y a trois ans, j’ignorais son existence et maintenant, ce beau village fait partie intime de ma vie. Ce fut une séduction sans pareil fondée dans une belle complicité intemporelle. Sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent à plus d’une heure à l’est de la ville de Québec, le long de la route 362, cette perle cachée est blottie entre Baie-Saint-Paul et La Malbaie. Je connaissais bien Charlevoix, ou du moins je le croyais. J’y étais allée plusieurs fois avec ma famille au Fairmont Le Manoir Richelieu, en prenant la 138. Dire comme tout le monde que c’est un panorama incontournable semble presque un cliché. Il n’y a vraiment pas de juste mot pour décrire le littoral charlevoisien et les émotions qu’il conjure. Tout ce que je peux affirmer est qu’ici, il y a un cachet spécial et unique qui vient nous chercher par les tripes. Ce sont pour ces raisons que chaque année, comme les oiseaux migrateurs et la faune marine, les vacanciers reviennent se ressourcer. Il fait bon vivre ici.
Je n’avais jamais pris la route du fleuve jusqu’au jour où nous étions à la recherche d’un terrain pour construire notre maison. Notre terrain coup de cœur nous l’avons trouvé dans les Domaines du Ruisseau-Jureux, sur le bord du fleuve et de là, nous nous sommes mis à planifier notre retraite active. Celle où l’on veut vivre en toute quiétude et autonomie, pour accueillir nos enfants, petits-enfants, parents et amis autour d’une table champêtre avec un bon vin et une bonne fourchette provenant des produits du terroir.

Écrivaine, blogueuse, artiste-peintre, musicienne et pouce vert, j’avais une liste de critères précise pour mon nouveau lieu de résidence. Il en était de même pour mon conjoint dont la liste était plus longue que la mienne. Quand on habite une région où il y a un centre de musique et de danse de réputation internationale, un patrimoine naturel reconnu par l’UNESCO, plus de galeries d’art que de banques, qu’un résident sur six est membre du club d’horticulture, que les artistes-peintres, écrivains et poètes viennent pour tremper leur pinceau ou leur plume dans toute cette inspiration, on ne fait pas d’erreur. C’est le nirvana total. Il serait difficile de trouver un élément qui surpasse tous ces attraits, mais il y en a un bien précis : ce sont les habitants eux-mêmes. Ce sont des gens authentiques et chaleureux qui sont fiers de leur patrimoine naturel et culturel. L’accueil qu’ils nous ont réservé nous a étonnés. Ils sont les meilleurs ambassadeurs de la région pour leur convivialité, le désir de rendre service et une sincérité désarmante.

La guérite du Domaine Forget
Les gens qui habitent ici ont une chance peu commune. Le fleuve Saint-Laurent domine tout avec son bleu polymorphe qui s’estompe dans le firmament et de l’autre côté, les montagnes du même bleu infini. Les touristes font la file au cours des saisons pour vivre une expérience unique qui meublera leurs souvenirs d’un endroit où le temps se semble arrêté. Vivre dans une zone de villégiature a ses bénéfices. Ce que les gens recherchent, nous le vivons ici et nous le protégeons. Des premières lueurs à l’aube jusqu’aux dernières lumières qui ponctuent la côte, Saint-Irénée ouvre ses bras grands ouverts dans ses maisons touristiques, ses restos et sa plage.

Le jardin français du Domaine Forget
Le soir, sur les airs de la plus belle musique du monde, le Domaine Forget bat la mesure qu’elle soit classique ou contemporaine. Heureux qui comme Rousseau, devient promeneur solitaire dans le jardin français où des sculptures surgissent des grands parterres pour nous rappeler que le surréel n’est pas si loin du réel. Que l’art ici, dans ce petit village est grandeur nature parce que vivre à Saint-Irénée, c’est comme vivre dans un tableau.  
Saint Irénée est la destination idéale pour les tête-à-tête
La plage de Saint-Irénée à la marée basse
romantiques et les vacances familiales. Les petits comme les grands font la file chez Ginette pour
se sucrer le bec. Ça sent bon chez Ginette. Ça grouille de vie avec les touristes qui se pressent pour retourner à la plage pour faire de l’équitation, apercevoir des bélugas ou regarder les vraquiers qui sillonnent silencieusement devant eux. Pour des provisions ou des petites gâteries sucrées, il y a le Père d’Antoine avec ses navires miniatures exécutés de la main passionnée d’un maître qui nous raconte son vécu sur le fleuve. Pour une bière provenant des microbrasseries de l’endroit, la Flacatoune offre un panaché d’arôme provenant de la terre et de la mer. Le Bistro Saint-Laurent est un resto des plus intimes où le chef vient nous accueillir et récite les plats du jour. Les résidences touristiques, les couettes et café et le motel offrent un hébergement abordable et agréable.
Suite à l'hôtel Le Rustique

Nous avons eu le plaisir de passer un séjour à l'hôtel Le Rustique à quelques reprises où Diane nous a accueillis comme si on était de la famille. Les chambres sont belles, la table est bonne, mais c’est la complicité des convives qui s’y plaisent qui ajoute au cachet de cet endroit. Le matin, on entend le forgeron à côté, battre le fer dans l'atelier L’idée forgée. La petite église, celle qui figurait dans l’émission Le temps d’une paix, surveille le village comme un phare protège les marins. On se sent bien ici. Même la lumière du jour semble différente. On le voit dans les tableaux des artistes qui ont saisi les couleurs dépourvues d’ombre.
L'église de Saint-Irénée
 J’ai visité des pays lointains où je m’émerveillais de voir les gens tout arrêter pour regarder un coucher du soleil disparaître dans les flots d’un océan ou une contrée exotique. On pouvait sentir que ce moment précis venait les chercher au plus profond de leur être. C’était un état de grâce et c’est très rare. Je les enviais. À Saint-Irénée, c’est un phénomène qui se répète quotidiennement. Il n’est pas surprenant de voir des centaines de voitures garées sur le bord de la route le long du village. Les occupants ont arrêté leur trajectoire pour marcher sur la plage de Saint-Irénée à la marée basse. C’est un rituel bien rodé. Ils marchent vers l’eau et regardent vers l’infini dans le bleu en mouvance, où se confondent mer et ciel. Non loin, des cavaliers descendent la plage avec leurs montures avec une grande nonchalance délectable. Les enfants jouent dans le sable. Les grands cherchent les baleines, les bélugas et les rorquals au bout de la Jetée des éperlans. Les plus vieux s’enfoncent dans des chaises dans une douce oisiveté, les deux pieds dans le sable, en respirant profondément l’air marin. On est bien ici à Saint-Irénée.
La côte charlevoisienne vue de chez nous
Donc, la prochaine fois que vous ferez le trajet entre la Baie-Saint-Paul et La Malbaie, prenez la 362 et venez découvrir un endroit qui meuble non seulement le cœur, mais l’imagination. Saint-Irénée, le plus beau village du Québec et c’est chez nous.

 

samedi 23 janvier 2016

La séduction de Pandore par Saint-Basile



Pandore la 1ere femme
C’est une douce séduction qui devient venimeuse quand elle est à son meilleure. Tout est dans le regard et le désir. L’idée de créer l’environnement intime nous choie. On repousse l’ordinaire et le style de vie prêt à porter pour s’exposer aux regards des autres sans vouloir admettre que l’on attend leur jugement. Avouons-le, on se définit par les intérieurs que nous habitons, car ils reflètent notre intimité. L’art de la vie casanière relègue aux oubliettes les designs préconçus pour inventer un éclectisme imprédictible. Ajoutez la conscience écolo et il n’est pas surprenant d’entendre un soupir collectif.
En guise de soulagement, on entend une petite voix qui murmure : et puis après?
 Nous sommes une société de consommation entourée d’objets. On veut faire une bonne affaire, bref : quelque chose qui nous valorise par son acquisition. Toute une classe de consommateurs chevronnés musarde les marchés aux puces, les friperies, les encans et les ventes sur internet comme Kijiji, Craig’s List, Etsy, Ebay et même Facebook. Il y a aussi l’armée verte, ces écolos qui cherchent dans la récupération les trésors abandonnés qui ne se sont pas encore rendus chez l’antiquaire, la boutique huppée de collections ou l’écocentre. C’est l’art d’intercepter la perle rare avant que les autres s’aperçoivent sa juste valeur.
Les dédales de l'abondance
Le profane se mêle au sacré
 La séduction de l’objet trouvé est devenue notre passe-temps par excellence. Pour ce qu’il y en est pour mon conjoint et moi-même, notre motivation est simple. Afin d’ajouter aux lignes épurées modernes de notre maison, nous avons choisi d’ajouter des éléments architecturaux et décoratifs inattendus. Une de nos inspirations est d’avoir des portes intérieures anciennes pour faire un contraste avec la modernité. C’est un beau dialogue entre les époques et c’est écolo. Donner une deuxième vie à un objet qui ne vient pas emballé par la manufacture s’avère une aventure des plus enrichissantes. On dirait du voyeurisme. L’objet convoité vient enveloppé dans une histoire unique qui raconte sa provenance. En prenant le temps de trouver ces artefacts, on découvre les vies qui y étaient greffées et on s’imagine toutes les histoires qui vont avec l’époque associée. Cette perspective ajoute à la richesse de nos trouvailles et est limitée par l’imagination nostalgique et le goût de la recherche. Les chiffonniers, les miroirs, les portes et même les fenêtres revêtent une entité particulière. Il y a une histoire accrochée à chaque objet. Il n’y a pas seulement les murs d’une maison qui peuvent raconter une histoire. Les objets de tous les jours nous racontent les vies qui les ont manipulés. Je vous avertis, c’est accro.



ARTÉ
Nous nous sommes donc mis à convoiter ce que les autres avaient apporté aux écocentres municipaux et aux entrepôts remplis de matériaux provenant de la démolition de vieux couvents ou de monastères avec leurs trésors anciens. Pour réussir, il faut une stratégie d’achat et de logistique. GPS et café en main tôt les fins de semaine, nous cherchions tout ce que nous avions recensé sur notre liste. La courbe d’apprentissage a été abrupte. C’est du travail ardu à la fois cérébral pour dépister et physique pour manipuler. Ensuite, il y a l’attitude. Tout a une valeur reliée à sa fonctionnalité et à son époque d’où vient le fameux terme de vintage. Combien de fois avons-nous jasé avec un vendeur qui utilisait cette épithète librement? Caveat emptor! Quand on parle de millésime, on parle d’une époque et de l’objet original. Pour le néo-rétro, c’est l’imitation conçue pour évoquer l’époque. Le vintage a sa valeur nostalgique ajoutée à l’engouement du désir d’acheter de la qualité à petit prix. Je ne suis pas chineuse de kitsch, mais le gros bon sens écolo me donne un éclectisme inégalé sans être assujetti à la houlette d’un designer ou d’un architecte d’intérieur. 
Saint-Basile


C’est à la recherche de tels éléments architecturaux que nous avons trouvé ARTÉ, l’Artisan du Renouveau et de la Transformation Écologique, un magasin-entrepôt au plein cœur de Griffintown, faubourg historique longeant le canal Lachine, à Montréal. En furetant leur site internet, on y découvre une richesse tant au niveau du kitsch jusqu’aux antiquités. C’est en franchissant le seuil d’ARTÉ que l’on réalise qu’on vient d’ouvrir la boîte de Pandore et tout son envoutement. Ce n’est pas tous les jours que l'on peut dire que Saint-Basile nous reçoit en entrant. Ensuite, c’est l’accueil chaleureux de Jean-Marc Moreau, le gestionnaire d’ARTÉ, qui nous donne la clé des champs pour aller explorer les dédales de l’entrepôt de la rue Murray. À vrai dire, toutes les stratégies que nous avions formulées pour repérer des objets spécifiques se sont envolées. Pierre et moi marchions en silence sous l’effet
Stéphane Tremblay
d’une émotion tangible comme on le fait en pénétrant une cathédrale ou un temple. C’est hallucinant. Tout à coup, nous sommes interpellés par une voix qui provient de quelque part dans le labyrinthe. Stéphane Tremblay est le génie dans la caverne d’Ali Baba, dans tous les sens du mot. Il en est le fondateur et celui qui a pu réaliser cette vision de valoriser la récupération. Génie,
car ARTÉ est un tour de force sur plusieurs plans et que son initiative est durable. Non seulement a-t-il créé des emplois, mais il valorise l’approche écologique de la récupération. ARTÉ est reconnu par les designers, les revues d’intérieur, les metteurs en scène pour la télé et le théâtre, les plateaux de tournage pour le cinéma, pour les objets rares qui sont en location. Pour le commun des mortels, c’est la boîte de Pandore.  Si vous avez l’œil et que vous avez fait vos recherches, vous dénicherez des œuvres d’art, des artefacts et des meubles, même des outils convoités par les collectionneurs chevronnés. À l’œil s’ajoute l’art de négocier. Pratiquez-vous.

Jean-Marc Moreau
 Nous sommes allés à trois reprises chez ARTE et toutes les fois, Stéphane et Jean-Marc nous accueillaient avec le même brio. Incertains au sujet d’une acquisition, Stéphane est un designer né  qui vous offre des suggestions pour inspirer. Quel serait le critère ultime pour consacrer ARTÉ avec Stéphane et Jean-Marc comme un must pour refaire vos intérieurs? C’est quand on y passe une bonne partie de la journée et qu’on y sort à la noirceur avec nos trouvailles acquises à un prix extrêmement raisonnable. Qu’on a fait de nouvelles amitiés avec deux hommes uniques pour leur implication dans la communauté et qu’il a fallu louer un camion pour ramener nos trésors à la maison!
Journée fructueuse
D’habitude je trouve la route longue entre Montréal et Gatineau, surtout la 417, mais cette soirée-là, en suivant mon conjoint qui conduisait la camionnette de location avec notre butin, j’ai chanté avec la radio tout le long en regardant les étoiles qui surplombaient les fermes à perte de vue. C’est inouï comment parfois la vie nous donne un clin d’œil quand on simplifie les choses. Au fond, c’est ça être écolo, c’est redonner une deuxième vie à un objet qui a une histoire à nous raconter. Ce qui est encore plus fascinant est l'émotion créée lorsqu'on achète un objet du passé. C'est un peu comme si l'histoire continue à se raconter en suivant la trajectoire que lui donne notre quotidien. En y pensant, le design n'est pas l'image de l'objet mais comment il fonctionne. Si cet objet est utile et qu'on s'en sert encore après toutes ces vies qui l'on possédé, cela ne fait qu'ajouter à sa poésie. Voilà sa plus grande valeur : bien fait c'est mieux que bien dit. Parfois, il ne faut pas attendre d'être séduit, il faut poursuivre son inspiration pour guider nos projets et réaliser nos rêves.   

 

samedi 19 décembre 2015

La beauté inhérente de l'architecture des immigrants


Griffintown 1896
Je suis une flâneuse subversive. Pendant que je marche dans Griffintown, un des quartiers les plus anciens de Montréal, je pense aux symboles d’outre-tombe ou plutôt à ce prolongement d’une conscience qu'une époque hante encore son ancien quartier. Cette conscience, je la perçois dans le langage secret de l'architecture. Je la recherche pour qu'elle me parle. Je veux qu'elle m'explique pourquoi un quartier, qui puise ses racines irlandaises enfouies dans la misère, nous porte à croire qu’il y a une beauté inhérente dans l’architecture qui a habité tout ce grand dénuement. Pourtant, les édifices stoïques sont loin d’être opprimants malgré leur caractère autoritaire qui nous rappelle la situation économique qui les a érigés. Je pense à ma mère quand on marchait dans la basse-ville à Ottawa et qu'elle jetait un regard attendri sur les vieilles maisons qui soupiraient le long des rues qui avaient connu l’accent des Franco-ontariens et des familles juives au début du siècle dernier. Elle disait toujours dans un demi-soupir : ah si les murs pouvaient parler. Je ne me souviens plus si je pouvais détecter un sentiment de regret ou de résignation, mais ne sont-ils pas deux éléments qui composent la nostalgie?
Des rues figées dans le temps
En sillonnant les trottoirs étroits dans Griffintown, je respire ce sentiment de nostalgie qui ne m'appartient pas. Cette culture et cette époque n’ont rien à voir avec moi. Pourtant, je m’y attache en toute liberté. Son éloquence vient du langage silencieux de son architecture iconique. On a parfois reproché à la ville de Montréal de ne pas se démarquer par son architecture comme si elle voulait demeurer modeste après Expo 67 et les Olympiades de 1976. Le nouveau pont Champlain en a réveillé quelques-uns de leur torpeur pour son débat entre le pragmatisme versus une signature iconique. Jusqu’où l’on peut donner carte blanche dépend de notre tolérance de l'architecture que je qualifie de générique. Au fond, l’architecture audacieuse ne doit-elle pas représenter notre culture identitaire? 
La revitalisation du quartier
Après mûre réflexion, un peu amusée par mes rêveries, je conclu que c’est le patrimoine qui prime et c’est pourquoi Griffintown est si important. Ses édifices en brique et aux grandes fenêtres, où jadis les gens travaillaient d'arrache-pied pour leur pain quotidien, sont maintenant des lofts boho ultra chic. Certes, il y a des condos minimalistes qui parsèment les rues de Griffintown, mais ce sont les grandes dames en brique rouge qui ont le dernier mot. Selon moi, si la valeur patrimoniale inhérente de l’architecture a été préservée, la transformation en valait la mèche. Donc garder la coquille de l'édifice pour transformer l'intérieur selon les nouveaux codes de bâtiment et les considérations écologiques est une approche réaliste. Cependant, le patrimonial a-t-il sa valeur pour toutes les cultures qui forment notre société? Est-ce
Les bistros boho chics de Griffintown
qu'il y a un discours ethnique plus important que les autres quand on veut conserver l'architecture dite ancestrale, pour ne pas dire iconique? C’est en regardant les annonces immobilières qu’on se pose souvent la question pour la désignation ancestrale d’une demeure. Donc, le patrimoine des familles souches a-t-il plus de valeur que le patrimoine des immigrants qui sont venus ici pour commencer une nouvelle vie avec une vision différente? Griffintown est la réponse  vivante de cette dichotomie et je peux vivre avec cette réponse car ses racines sont plus profondes que l'on croit.
L’histoire de Griffintown retourne loin dans son sens le plus pur du mot. En 1654, les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph reçoivent ce fief qu’elles transfèrent en 1792 à Thomas McCord qui le
Maison des immigrants irlandais 1896
vend à Robert et Mary Griffin. Le canal de Lachine voit le jour en 1825 et la population commence à peupler le quartier. Ce sont des Irlandais débarqués de Grosse-Île en 1847 qui s’installent pour construire le pont Victoria et le canal de Lachine. Je m’imagine Griffintown à cette époque comme le quartier de Whitechapel à Londres pendant la même époque quand Jack L’Éventreur hantait les ruelles sombres en quête de nouvelles proies. La légende de Griffintown veut que Mary Gallagher
Lieu du meurtre de Mary Gallagher
, une prostituée assassinée brutalement par une autre femme, vienne hanter la rue William. Susan Kennedy, la meurtrière, aurait décapité la pauvre Mary à coups de hache pour déposer sa tête dans un panier parce qu’elle partageait le même client et que ce dernier semblait préférer Mary. Légende urbaine oblige, Mary revient tous les sept ans sur la rue William à la recherche de sa tête. Pour ma part, ma visite à Griffintown n’est pas pour rechercher la tête de cette pauvre femme, mais de dénicher quelques antiquités ou objets trouvés.


Donc, nous voilà sur la rue William à la recherche d’ARTÉ,  L’Artisan du Renouveau et de la Transformation Écologique, un centre de réemploi des écocentres de la ville de Montréal. Un de nos buts pour la construction de notre résidence est d'être écolo et ceci implique la réutilisation du matériel au lieu d'acheter tout du neuf. J’aime le contraste des formes et des textures anciennes avec les lignes épurées de nos plans de maison. C'est un beau dialogue entre les époques qui démontre non seulement une synergie symbolique, mais aussi un message important : que la réutilisation des matériaux du passé ou mis aux rebus est aussi noble que l’utilisation de la pierre et du bois comme matière première. La valeur ancestrale de ces pièces architecturales a une résonnance particulière parce qu'on lui donne une deuxième vie. La visite chez ARTÉ fait l’objet du prochain billet, car ce que nous avons trouvé vaut sa propre histoire.
Pour ce qui en est de Griffintown, nous reviendrons souvent, pas pour voir les nouveaux condos, mais pour marcher le long des grands murs en brique rouge qui nous chuchotent un passé qui fait partie de notre patrimoine parce qu’il y a eu plus d’un peuple ici qui a livré le même combat de vie. La preuve : nous sommes tous encore là.